Tourisme durable et

Surtourisme : les destinations concernées et les réponses

Le surtourisme apparaît lorsque la fréquentation d’un lieu dépasse sa capacité à accueillir les visiteurs sans détériorer l’environnement, la vie quotidienne ou l’expérience de visite. Venise, Barcelone et Amsterdam illustrent des tensions désormais visibles dans plusieurs destinations urbaines…

Le surtourisme apparaît lorsque la fréquentation d’un lieu dépasse sa capacité à accueillir les visiteurs sans détériorer l’environnement, la vie quotidienne ou l’expérience de visite. Venise, Barcelone et Amsterdam illustrent des tensions désormais visibles dans plusieurs destinations urbaines et littorales.

Le phénomène ne se résume pas au nombre de touristes : la saison, les quartiers concernés, les transports et l’offre de logements comptent aussi. Comprendre ces mécanismes aide à distinguer les sites saturés des territoires capables d’accueillir davantage de visiteurs, puis à choisir les réponses adaptées.

À retenir : les enjeux du surtourisme

  • Protection des habitants et maintien de logements accessibles
  • Préservation des écosystèmes, de l’eau et du patrimoine local
  • Régulation des visiteurs selon les lieux et les saisons
  • Diversification des destinations et des modes de déplacement

Où le surtourisme se concentre-t-il et pourquoi ?

Cette concentration s’explique par la rencontre entre une forte attractivité et des flux souvent regroupés aux mêmes endroits, aux mêmes heures. Les destinations populaires peuvent ainsi voir leurs rues, leurs transports et leurs équipements sollicités bien au-delà des besoins habituels des résidents.

Venise, Barcelone et Amsterdam face aux pics de fréquentation

À Venise, l’étroitesse des rues et la fragilité du patrimoine rendent les fortes concentrations particulièrement sensibles. Barcelone doit, elle aussi, concilier l’attrait de ses quartiers centraux avec les besoins de ses habitants, tandis qu’Amsterdam cherche à mieux répartir la fréquentation touristique.

A lire également :  Aires protégées et tourisme : concilier fréquentation et préservation

Selon l’Organisation mondiale du tourisme, le surtourisme désigne les effets du tourisme qui nuisent excessivement à la qualité de vie des résidents ou à l’expérience des visiteurs. Cette définition rappelle qu’un lieu peut connaître une saturation ponctuelle, même sans être uniformément encombré toute l’année.

Des causes liées au logement, aux transports et aux saisons

Les locations de courte durée peuvent transformer l’équilibre de certains quartiers lorsque des logements quittent durablement le marché résidentiel. Les habitants se retrouvent alors face à une offre réduite, à des loyers sous pression et à des commerces qui répondent davantage aux visiteurs qu’aux besoins quotidiens.

Les déplacements concentrés renforcent ces difficultés : arrivées de croisières, vols à bas prix et vacances d’été produisent des pics localisés. Selon l’ADEME, le tourisme pèse aussi sur le climat, en particulier à travers les transports et les consommations liées aux séjours.

Les réponses doivent donc agir à la fois sur les lieux les plus fréquentés et sur la manière dont les visiteurs s’y rendent.

Quels effets sur l’environnement et la vie locale ?

Quand les flux se concentrent, les effets dépassent les files d’attente et les rues encombrées. Ils touchent les ressources naturelles, les services municipaux et la possibilité, pour les habitants, de continuer à vivre dans leur quartier.

Ressources fragilisées et écosystèmes sous pression

En période de pointe, l’eau, l’énergie et la collecte des déchets doivent répondre à une demande inhabituelle. Sur les littoraux, les déchets plastiques et les rejets liés aux activités humaines peuvent dégrader les milieux aquatiques et menacer la biodiversité.

A lire également :  Quotas de visiteurs : les dispositifs mis en place

Les aménagements durables, comme la bétonisation des côtes, ajoutent une pression à plus long terme. La fermeture de Maya Bay, en Thaïlande, pendant trois ans a permis de protéger les récifs et de limiter l’érosion, montrant qu’une restriction d’accès peut parfois contribuer à la restauration d’un site.

Les principales pressions varient selon les lieux ; les réponses gagnent donc à s’appuyer sur un diagnostic local.

Pressions observées selon les destinations :

  • Littoraux : déchets, consommation d’eau et fragilisation des habitats
  • Centres historiques : dégradation du patrimoine et encombrement des rues
  • Quartiers résidentiels : locations touristiques et tensions sur le logement
  • Axes de transport : congestion routière et pollution de l’air

Coût résidentiel et retombées au-delà des sites visités

La hausse des hébergements touristiques peut contribuer à la gentrification, c’est-à-dire au remplacement progressif des ménages modestes par des habitants plus aisés. Lorsque les résidents s’éloignent, leurs trajets quotidiens peuvent aussi s’allonger, avec des effets indirects sur la circulation et les émissions.

Selon l’OMT, le problème doit être évalué du point de vue des résidents comme de celui des visiteurs. Une destination peut accueillir une fréquentation importante tout en restant vivable, à condition de protéger les services locaux et de répartir les usages.

Type d’effet Exemple Réponse possible
Direct Déchets et pression sur l’eau Renforcer les équipements et la prévention
Indirect Congestion lors des départs en vacances Encourager train et covoiturage
Induit Éloignement des résidents du centre Protéger le logement permanent
Patrimonial Usure accélérée d’un site très visité Organiser les accès et les parcours

Ces effets montrent pourquoi la gestion des flux ne peut se limiter à compter les entrées ; elle doit aussi préserver les conditions de vie locales.

A lire également :  Stations de montagne et neige : l'adaptation en cours

Quelles réponses pour réguler les visiteurs durablement ?

Une fois les pressions identifiées, les collectivités peuvent combiner des mesures de régulation des visiteurs avec une offre touristique mieux répartie. Aucune mesure isolée ne convient partout : les choix dépendent de la capacité des sites, des saisons et des besoins des habitants.

Quotas touristiques, taxe de séjour et accès encadrés

Les quotas touristiques peuvent limiter les entrées dans un site fragile ou très fréquenté, notamment à certaines périodes. Une réservation obligatoire, comme dans certaines calanques marseillaises en été, permet de mieux maîtriser les pointes, sans garantir à elle seule une répartition juste des accès.

La taxe de séjour peut contribuer au financement des équipements et de la protection des lieux, si son usage est clairement défini. Pour être acceptées, ces mesures doivent s’accompagner d’informations accessibles, d’un dialogue avec les habitants et d’un suivi régulier de leurs résultats.

Les leviers de régulation à adapter au territoire :

  • Accès : réservation ou jauge pour les sites fragiles
  • Calendrier : promotion des périodes moins chargées
  • Financement : taxe affectée à la gestion touristique locale
  • Mobilité : alternatives au déplacement individuel en voiture

Tourisme durable et diversification des destinations

La diversification des destinations encourage les visiteurs à découvrir des lieux moins fréquentés, sans déplacer les mêmes pressions vers de nouveaux territoires. Elle fonctionne mieux lorsque les destinations d’accueil disposent de transports, de services et d’une capacité d’hébergement compatibles avec leur environnement.

Le tourisme durable suppose aussi des choix concrets : privilégier le train lorsque c’est possible, rester plus longtemps sur place et soutenir les commerces locaux. Selon l’ADEME, les offres bas-carbone contribuent à faire évoluer les pratiques, mais leur bénéfice dépend de leur cohérence réelle et non de leur seule communication.

Pour les collectivités, l’enjeu est de suivre les flux, d’associer les professionnels et de donner une place centrale à la protection des habitants. Cette gouvernance permet d’ajuster les mesures avant que la saturation ne devienne chronique.

Mesure Objectif Point de vigilance
Réservation des visites Étaler les arrivées sur la journée Préserver un accès équitable
Promotion hors saison Réduire les pics de fréquentation Respecter les rythmes des habitants
Circuits alternatifs Faire découvrir d’autres quartiers ou régions Éviter de déplacer la saturation
Mobilité bas-carbone Réduire les nuisances liées aux déplacements Adapter l’offre aux besoins locaux

La réponse durable repose sur une combinaison de limites, d’alternatives de mobilité et d’investissements utiles aux résidents. La coopération entre collectivités, professionnels et habitants permet de mieux répartir les bénéfices comme les contraintes.

Source : Organisation mondiale du tourisme, « Overtourism? Understanding and Managing Urban Tourism Growth beyond Perceptions », 2018 ; WWF, « La mer Méditerranée : une richesse unique en déclin rapide ».

À retenir

Voyager durable comme un choix réfléchi, pas comme une contrainte

Qu'il s'agisse de choisir un mode de transport, de réserver un hébergement ou de planifier la période d'un séjour, chaque décision mérite d'être anticipée. Comprendre les besoins réels des territoires visités permet d'en tirer aussi des bénéfices concrets : expériences plus authentiques, impact mieux maîtrisé et retombées locales renforcées.

Pour aller plus loin

  • Vérifier l'adéquation entre le mode de transport choisi et la distance du trajet
  • Comparer les hébergements et leurs engagements réels, pas seulement affichés
  • Anticiper la saisonnalité pour limiter la pression sur les destinations les plus fréquentées
  • Privilégier les acteurs locaux dès la phase de préparation du voyage